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18 février 2022 5 18 /02 /février /2022 21:30

ÉDITORIAL LETTRE AUX ADHÉRENTS

CASAM FÉVRIER 2022

 

Alors que notre association se préoccupait surtout de questions logistiques (déménagement, installation, problèmes techniques divers,…), les situations dramatiques conduisant à l’exil se poursuivaient, entraînant de nouvelles migrations à travers le monde.

 

A Metz aussi, les nouvelles arrivées ont augmenté depuis le mois d’octobre (deux fois plus de demandes d’asile que la moyenne de 2021!). Les bénévoles sont restés actifs, tant dans l’accueil ( désormais possible aussi le samedi matin) que dans les cours de français ( qui font d’ailleurs régulièrement le plein), tout en restant vigilants sur l’évolution de la situation internationale, l’instrumentalisation des migrations par de nombreux états et les atteintes répétées au droit d’asile en Europe.

 

A Kaboul, c’est le pire des scenarios qui s’est joué. L’évacuation chaotique, pourtant prévue de longue date, s’est accompagnée de nombreux attentats , et fut suivie d’une reprise en main totalitaire par un régime théocratique, dont les premières victimes sont les femmes.

 

Les autorités françaises ont, au cours des semaines suivantes, évacuées quelques milliers de personnes (2700 au 4 septembre), laissant souvent derrière elles une partie de leur famille.

 

Aujourd’hui, la priorité est de mettre en œuvre le regroupement et la réunification familiaux pour toutes ces personnes, mais aussi pour les membres de familles de réfugiés afghans en France (3500 demandes de visas étaient encore en attente de traitement en octobre 21). En plus, il conviendrait de régulariser toutes les personnes afghanes déboutées du droit d’asile ces dernières années qui sont protégées par le principe de non-refoulement de la Convention de Genève car dans l’impossibilité de quitter notre territoire, sauf à risquer leur vie, leur liberté ou leur intégrité, dans l’Afghanistan des talibans.

 

Au début de l’automne, la Biélorussie a organisé des arrivées de personnes en délivrant des visas et en acheminant les exilés, originaires principalement du Proche-Orient, aux frontières de la Pologne et de la Lituanie, pour se venger des sanctions européennes à son encontre.

 

Dés le 22 octobre, dix pays membres de l’UE ont tenté d’obtenir le financement de murs ou de clôtures de barbelés aux frontières extérieures de l’Union. La Commission Européenne n’a pas cédé sur ce point.

 

En réponse, la Pologne a construit une clôture de barbelés, massé des milliers de soldats le long de ses 400 kilomètres de frontière, et décrété depuis septembre un état d’urgence en interdisant l’accès à la région frontalière. Pour cacher les refoulements brutaux et illégaux et d’empêcher l’accès de la zone aux associations humanitaires . Une équipe d’Amnesty International a finalement réussi à recueillir les témoignages de 75 personnes, attirées par la promesse trompeuse d’un passage facile dans l’Union européenne : «  Affamées, volées, frappées à coup de matraque, de crosse de fusil, forcées à traverser des rivières glacées, menacées par les chiens de garde… Des deux côtés de la frontière, un même constat : elles vivent dans des conditions inhumaines ». Le 2 décembre dernier, « Grupo Granica » qui coordonne l’action des associations bénévoles a publié un long rapport qui confirme ces témoignages et dévoile la stratégie du gouvernement illibéral polonais qui vaut le cynisme du gouvernement antidémocratique biélorusse.

 

En dépit des violations des droits humains flagrantes perpétrées par les pays de l’Union européenne voisins du Bélarus, la Commission européenne n’a pas engagé de procédure juridique visant à faire appliquer le droit. Au contraire, elle a financé les retours et permis aux états concernés de déroger à certaines règles du droit d’asile, pendant six mois, alors même que de nombreuses personnes n’avaient pas eu de droit garanti, dont le regroupement familial.

 

Pourtant, la situation aux frontières de l’UE en Biélorussie était parfaitement gérable avec les règles actuelles pour quelques milliers de personnes ( Selon les derniers chiffres de la Commission, un peu moins de 8000 migrants sont arrivés dans l’UE via la Biélorussie cette année : 4285 en Lituanie, 3255 en Pologne et 426 en Lettonie). Les droits fondamentaux des demandeurs d’asile ont été bafoués et des états membres ont été autorisés à commettre des violations aux frontières en toute impunité et à introduire des législations clairement en conflit avec le droit d’asile européen.

 

Cette initiative risque par ailleurs d’affaiblir le cadre juridique européen en matière de migration et de droit d’asile et de saper l’engagement pris par les autres pays de l’UE de respecter les règles européennes en matière d’asile lorsque des personnes migrantes et réfugiées se présentent à leurs frontières. De ce point de vue, les grandes lignes de la stratégie française pour trouver un consensus autour du Pacte sur l’Asile et les Migrations, en priorisant le règlement »filtrage », sont inquiétantes.

 

Dans la Manche, le 24 novembre, 27 personnes sont mortes noyées en tentant de rejoindre le RU sur des canots pneumatiques peu surs (small boats). Souhaitant pratiquer le refoulement vers les côtes françaises (pushbacks), après arraisonnement des embarcations aux frontières maritimes, les autorités britanniques ont décidé de criminaliser les traversées de la Manche et de durcir le droit d’asile ( par la loi « nationalités et frontières », adoptée le 8 décembre 2021). Les accords du Touquet de 2003 permettent déjà aux britanniques de se soustraire à leur obligation d’examiner les demandes d’asile à la frontière.

 

Au Sud du Péloponnèse (Grèce), les 22 et 23 décembre 21,deux naufrages de bateaux provenant de Turquie pour l’Italie ont faits au moins 32 morts . Migrants et passeurs prennent des routes plus périlleuses pour contourner les patrouilles de gardes cotes grecs ou européens (Frontex) et éviter les refoulements illégaux ( doublement en un an) ou les conditions d’accueil déplorables sur les îles grecques ( Lesbos/Samos).

 

Quant au régime totalitaire chinois, selon un rapport exclusif publié le 18 janvier 22, Safeguard Defenders, il a rapatrié de force plus de 100 000 « fugitifs » de l’étranger depuis 2014, utilisant des méthodes de coercition contournant le cadre légal : menaces de représailles contre les familles restées en Chine, pression directe par des agents chinois envoyés dans le pays de résidence , et le kidnapping pur et simple.

 


 

En conclusion, alors que toutes ces attaques menacent le droit d’asile, nous ne pouvons que rappeler l’affirmation de M. Filippo Grandi, Haut Commissaire des Nations Unis pour les Réfugiés, à l’occasion du 70e anniversaire de la Convention de Genève de 1951 : « Elle reflète des valeurs communes d’altruisme, de compassion et de solidarité. Si nous cessons de la défendre et de l’honorer, des millions de personnes seront en danger ».

Au CASAM, aussi, nous portons ce combat et nous refusons que nos esprits s’accoutument à l’inacceptable. Merci de nous rester fidèles et de diffuser notre action.

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